Née au Togo, mes parents ont posé leurs valises à Lyon dans les années 1970. C’est aussi le cas des parents de mon mari, qui ont eux fondé la Pizzeria Carlino en 1965. Rapidement, le restaurant est devenu un lieu emblématique de la Presqu’île, un lieu serein où se mélangeaient habitants, travailleurs, policiers et immigrés. Ils ont contribué à la diversité culturelle du 1er. Mes beaux-parents ont amené leur tradition culinaire et leur chaleur humaine méditerranéenne et ils étaient appréciés pour ça. Ils m’ont transmis ces valeurs de travail et de considération de l’humain. En 2009, ils ont aussi transmis le restaurant familial à mon mari et moi, dont nous avons été expulsés le 3 août dernier.


A ceux qui pensent que la spéculation immobilière à Lyon est une réalité abstraite ou un fantasme, je pourrais leur parler de la célèbre maison Debeaux, du CNP, d’une librairie, de Cassati ou de ma pizzeria, Maison Carlino. Elles ont en commun d’être toutes des entreprises familiales, bien installées sur la Presqu’île, qui ont mis la clé sous la porte suite à l’envolée des loyers des locaux commerciaux. Cela est la conséquence des opérations d’achat, puis de revente, par les fonds d’investissements étrangers des murs des immeubles du centre-ville de Lyon dont Gérard Collomb est l’actif promoteur depuis 2004-2005 pour en faire un quartier « plus prestigieux »
Pour illustrer cette réalité, je peux vous donner l’exemple de notre pizzeria. En 2010, le restaurant réglait un loyer de 7600 euros par an, loyer qui est monté à 28000€ par an en 2012 malgré des recours en justice. C’est une augmentation colossale pour un commerçant de quartier. Et depuis le 1er octobre 2018, nous sommes contraints depayer un loyer de 36 660 euros par an.

Les soutiens que nous avons reçus dans notre combat témoignent de l’attachement des lyonnais et des lyonnaises à leurs commerces de proximité. Collomb a beau avoir transformé l’Hôtel-Dieu en une Cité de la Gastronomie, sa politique de promotion de la spéculation foncière a renchéri les loyers et en dehors de cette Cité, le centre-ville est devenu la cité de la nourriture sous-vide, où le frais et fait maison deviennent rares. Les chaînes de restauration industrielle et rapide prennent la place des restaurants familiaux qui étaient des lieux de vie du quartier et où la convivialité régnait jusqu’alors. Est-ce de ce centre ville que nous voulons ?


Aujourd’hui les élus actuels ne proposent pas de projet global, cohérent et répondant aux difficultés des petits commerçants de la Presqu’île. Je m’engage avec Lyon en Commun afin de poursuivre mon combat pour la survie des petits commerçants dans la Presqu’île qui souffrent en silence. C’est la première fois que je m’engage en politique. Le projet que nous portons avec Nathalie Perrin-Gilbert m’apparaît être le plus approprié compte tenu de la situation que nous connaissons.