Ménager le territoire dans le 7ème arrondissement

Que veut dire « ménager le territoire » ? Ce terme désigne une autre manière d’aborder l’urbanisme. Il est le contraire d’aménager, c’est-à-dire d’imposer des formes architecturales le plus souvent banales et des espaces normés au profit de la rentabilité pour les opérateurs privés. Cette façon de construire la ville représente une violence faite aux habitants en ce qu’elle les prive de leur « droit à la ville », du désir d’imaginer le bien commun de la cité qui fait sens, sociabilité et singularité. C’est ce que Mickaël Labbé, philosophe et architecte, nomme « l’architecture du mépris ».

Dans le 7ème en pleine explosion démographique, tous les quartiers ne sont pas équivalents : pas la même histoire, ni la même population, ni le même niveau de vie. Le PLU-H (plan local d’urbanisme et habitat) tel que pensé par l’exécutif actuel a placé les opérations immobilières du privé comme prioritaires au nom de l’attractivité et s’est même arrogé parfois le droit de lancer des appels d’offre avant la fin de l’enquête publique, comme c’est le cas à Mazagran. Le PLU-H est ainsi une sorte de vente à la découpe du foncier au profit des opérateurs immobiliers.

A Mazagran, le projet de percée diagonale de l’avenue Jean Jaurès au Garage Citroën vers les quais du Rhône est ancien. Lors de la phase d’aménagement de la place Mazagran en 2010, des poches de résistance ont vu le jour. Elles ont développé un contre-point critique et une expertise d’usages vis-à-vis de ce projet pour proposer des scénarios alternatifs qui n’ont finalement pas ou peu été pris en compte.

Ainsi des populations Rroms ont-elles été chassées au profit de nouvelles populations plus aisées. Et le prix de l’immobilier a fortement augmenté.

C’est pourquoi nous proposons : d’une part d’encadrer le prix des loyers, d’autre part de réduire le coût d’acquisition de logement par le biais d’un office foncier solidaire pour découpler le prix du foncier de celui du bâti. Nous voulons aussi cesser ces simulacres de concertation, mises en place par le Grand Lyon, puis la métropole. En effet, ces concertations avec les habitants débutent quand l’essentiel a déjà été décidé en phase amont de programmation. Enfin, nous voulons garder ce qui fait la singularité de ces quartiers, le plus souvent liée à une histoire longue d’activités industrielles, d’ateliers d’artisans et d’immeubles de faible hauteur.

Ce qui est le cas du quartier de Gerland actuellement bradé au privé, la piscine de Gerland, à GL Evens, la Halle Tony Garnier à un futur opérateur privé et d’autres bâtiments à venir. « Pour les promoteurs immobiliers, Gerland avec ses anciennes friches industrielles est le nouvel eldorado lyonnais » (article de Lyon Capitale du 19 février 2019).

La métropole ne cesse de vendre ses biens à des fonds d’investissement. Nous mettrons un coup d’arrêt à cette folie mortifère qui fait violence au bien commun et cherche à gommer l’histoire pour jouer au Légo, c’est-à-dire construire des immeubles de grande hauteur tous identiques, tels des cubes empilés. Autour de ces immeubles au sein des ZAC - zone d’aménagement concerté  - (ZAC du Bon Lait, des Girondins), peu de services publics comme dans toutes les opérations immobilières : crèches en grand déficit sur tout l’arrondissement, écoles, espaces associatifs, commerces de proximité ne sont pas prévus malgré l’augmentation de la population et des jeunes ménages. Tout y est minéral, morne et sans vie. En quelque sorte des « cités dortoir » nouvelle génération. Dans ce quartier, nous souhaitons sauver ce qui peut encore l’être comme dans le quartier de la Mouche où des bâtiments de patrimoine remarquable devraient être démolis, quitte à faire valoir notre droit de préemption pour des projets d’intérêt général. La « cité Jardin », patrimoine remarquable, devra faire l’objet d’une réflexion collective et réhabilitation (isolation thermique notamment) pour implanter des services publics absents et espaces de jeu pour les enfants, permettre l’accession à la propriété abordable pour quelques appartements et introduire un peu de mixité sociale.

A Gerland toujours, en fait, l’aménagement a été pensé non autour des besoins des habitants mais autour de Clusters. Ainsi, « le Biodistrict Lyon-Gerland bénéficie d’une localisation attractive et assoit aujourd’hui son développement sur une dynamique économique mixant expertise scientifique et diversification du tertiaire » (extrait de la présentation sur la page Only Lyon). Donc, des bureaux à la pelle et des grosses entreprises telles SANOFI, multinationale du secteur pharmaceutique réalisant d’énormes profits à l’échelle mondiale. En conclusion, plutôt que « ruisseler » nous allons irriguer notre arrondissement au profit de ses habitants !

Conseillère du 7eme arrondt
Conseillère Métropole de Lyon du groupe GRAM
Sociologue en aménagement urbain et cultureS
Pers & Polis