Inhumain mobilier urbain ou comment du mobilier au service de tous doit faire fuir certains.

Par définition, le mobilier urbain représente les objets qui sont installés dans l’espace public d’une ville pour répondre aux besoins des usagers mais, depuis quelques années, celui-ci intègre deux nouvelles fonctions :  empêcher les personnes sans domiciles fixes de se reposer et restreindre les possibilités pour elles de se mettre à l’abri.

 

C’est le mouvement #SoyonsHumains lancé par la Fondation de l’abbé Pierre en 2018 qui a permis de mettre en lumière cette dérive inquiétante. Des milliers d’internautes se sont mobilisés et ont partagé des photos d’espaces en communs modifiés.

 

Ainsi, les bancs deviennent des chaises dont l’assise n’est souvent pas droite, des clous sont installés sur le sol, et des grilles se dressent dans les moindres recoins où les températures seraient plus clémentes.

 

Très impliqués dans cette lutte, la fondation a choisi en 2019 de récompenser les choix de certaines mairies en matière de mobilier lors de la cérémonie des « Pics D’Or ». Dans la catégorie « Fallait oser », le pic du dispositif le plus décomplexé a été attribué à un abribus équipé d’un seul siège sans dossier. La seconde catégorie la plus attendue était celle intitulée « Ni vu ni connu » dont le pic d’or a été attribué à Toulouse qui semblent essayer de reverdir son centre-ville en plaçant des pots de fleurs (bétonné) là où dormaient régulièrement des sans-abris. On peut voir fleurir à Lyon, des fauteuils en tant que mobilier urbain. On pourrait croire que c’est innocent. Il n’en est rien. Ce ne sont que des dispositifs qui empêchent que l’on puisse dormir comme on pourrait le faire sur un banc.

 

Certains essayent de justifier l’inhumanité de ces dispositifs par le besoin d’attractivité des centres-villes, notamment pour le tourisme et les commerces. Osons cependant rappeler que les touristes eux aussi aimeraient se reposer sur un banc de temps en temps et que pics et grilles ne sont pas très instagrammables.